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LES NOUVELLES COULEURS METALLIQUES CHEZ BETTA SPLENDENS

Introduction:

Il se trouve que j’ai accumulé durant les années un certain nombre de connaissances au sujet des Bettas, mais je ne suis ni chimiste, ni biologiste, raison pour laquelle je demanderai un peu d’indulgence à la lecture du texte qui suit, au cas où il y aurait quelques imprécisions scientifiques.
Ce texte est surtout basé sur la conférence que le Dr. Léo Buss a donné en juin 2005 à l’occasion de l’IBC convention, mais je l’ai complété par d’autres informations utiles, provenant de mes lectures, ou grâce au Dr. Léo Buss et au Prof. Jaques Bovet.

Les Bettas récemment apparus, de couleurs « copper/cuivré » et autres couleurs aux reflets métalliques, ont été développés en Asie, et nous ne connaissons pas la manière de procéder qui a été utilisée pour les obtenir.
Il a été supposé que c’était le fruit d’hybridation avec les espèces imbellis, et/ou smaragdina, mais après tout, ce n’était peut-être qu’un simple et systématique travail de sélection.
La vérité n’est pas encore connue à ce jour, mais génétiquement parlant, ce n’est pas une chose nouvelle, mais plutôt un retour en arrière, comme nous allons le voir !

Rappels:

Il est communément admis que les couleurs de base des Betta Splendens sont réparties en quatre couches.
La couche la plus profonde correspond au jaune, suivie par le noir, puis le rouge, et enfin, en surface on trouve la couche irisée (cristaux décomposant la lumière de façon à produire optiquement les couleurs bleues et vertes).
Cette « théorie des couches» fut élaborée par Monsieur Wallbrum, mais n’a en fait jamais été vérifiée par quelqu’un d’autre. On se rend bien compte que les choses ne sont pas si simples, car si cette théorie était totalement correcte, il serait impossible d’expliquer que l’on puisse trouver sur le même Betta à la fois les couleurs rouge et jaune, bien que rare, cela existe. Il serait aussi très difficile d’expliquer que les nageoires puissent comporter plusieurs couleurs « superposées », puisque chez certains Bettas la nageoire n’a que l’épaisseur d’une cellule.
Conclusion : lorsqu’on parle des « couches » de couleurs, il ne faut pas se représenter cela d’une façon trop rigide.

Il y a donc 2 sortes de « cellules de couleurs », d’une part les simples pigments, et d’autre part les iridophores, des cristaux qui agissent comme des prismes.

Les iridophores, comment ça marche ?

Nous connaissons maintenant trois sortes d’iridophores chez nos Bettas : ceux qui donnent les couleurs bleues et vertes, ceux qui donnent l’opaque, et ceux qui donnent le « reflet métallique ».
Les iridophores sont constitués de guanine (la même que l’on trouve dans l’ADN), qui forme des cristaux. Le jeu de lumière dans ces cristaux donnera, optiquement, une certaine couleur, grâce à un effet de prisme.

La lumière visible appartient au spectre électromagnétique. La lumière circule sous forme d'ondes qui se propagent comme les rides qui se forment à la surface de l'eau quand on y jette une pierre. Chaque onde électromagnétique est caractérisée par une longueur et une fréquence. La couleur que l’on voit dépend de la longueur d’onde.

La lumière est décomposée par le prisme, et c’est l’épaisseur du cristal qui déterminera le « tri » des couleurs, par exemple, l’orange sera neutralisé, et on verra du bleu.
Les iridophores étant formés de plaquettes, l’espace entre les plaquettes, qui est déterminée par un gène, correspond à l’épaisseur du prisme.
Donc, un gène va déterminer l’épaisseur du prisme qui donnera l’aspect bleu-vert, l’aspect opaque, ou l’aspect métallique.

Au microscope, on peut observer que les iridophores sont tous semblables pour la couleur bleue, tandis que pour le reflet métallique, il y a des iridophores de tailles différentes !
Les iridophores pour le reflet métallique reflètent les couleurs jaune/vert du spectre lumineux ; appelons-les
« iridophores jaunes ».

D’où vient le gène pour reflet métallique ?

On trouve des iridophores jaunes sur des Bettas non-métalliques, principalement sous le ventre, ou plutôt, sous la surface du ventre.
Ainsi, le ventre du poisson reflète la lumière, afin de tromper les prédateurs.
Donc, sous le ventre des poissons, nous trouvons toujours au moins quelques iridophores jaunes. L’imbellis en possède plus que le splendens, mais le splendens, même « sauvage », en a aussi.

Donc : le gène pour « reflet métallique » n’affecte pas la présence ou non d’iridophores jaunes, mais la distribution de ces derniers !
Il faut maintenant se rappeller que toutes les couleurs présentes chez les Bettas aujourd’hui étaient déjà présentes chez le Betta sauvage d’origine, et que c’est par élevage sélectif qu’on a pu exacerber certaines couleurs et en atténuer d’autres. Il y a eu bien sûr des mutations de gènes, mais cela n’a pas créé de couleur, cela influence l’expression des couleurs existantes.

L’hypothèse du Dr. Buss est la suivante :
Lorsque l’élevage sélectif des splendens était encore à ses tout débuts, les humains étant attirés par des couleurs vives et franches, comme le bleu et le rouge chez ce poisson, la sélection a cherché à purifier les couleurs, et ce faisant, le gène pour les iridophores jaunes a en fait été simplement ignoré.

Il a fallu que quelqu’un décide d’effectuer une sélection dans une direction totallement opposée, pour voir l’iridescence jaune recouvrir tout le Betta, lui donnant un aspect cuivré très plaisant !

Mais encore …

Selon les expériences du Dr. Buss, il s’est avéré que si l’on croise n’importe quelle couleur non-métallique avec un Betta métallique (purs tous les deux), on obtient 100% de Bettas au phénotype métallique.
Si l’on croise ensuite un descendant avec le parent non-métallique, on obtient 50% de phénotypes métalliques, et 50% de phénotypes non-métalliques.
Il s’agit donc d’une hérédité par un seul gène, et il est dominant.

Croiser du bleu-acier avec du « métallique » donnera du copper/cuivré.
Croiser un Betta bleu-roi avec un Betta « métallique » donnera un turquoise métallisé d’un ton « sarcelle ».
Croiser du vert/turquoise avec du « métallique » donnera du vert métallisé.
Là, on se trouve devant un problème : il est souvent impossible de distinguer à l’œil nu le vrai vert normal, mat, du vert métallisé. Le phénomène métallique se voit au microscope, mais cela ne sera pas vérifiable par exemple en concours. Les deux couleurs génétiquement différentes vont se retrouver ensemble, avec à terme, la possibilité de la disparition du vert normal.

La coloration métallique est toujours amplifiée à la base des nageoires et sous le ventre.
Le gène pour irisation diffuse agit aussi bien sur les iridophores jaunes que sur les iridophores bleus.
Le gène pour « reflet métallique » améliore l’aspect d’un Betta opaque, et rend plus propre les cambodges.

En conclusion, grâce à un allèle de la forme naturelle, on a obtenu deux nouvelles couleurs, le copper/cuivré et le turquoise métallisé « sarcelle »; on peut obtenir une amélioration ou de nouvelles nuances de couleurs connues auparavant ; et on devra faire face à la menace de voir ce gène s’infiltrer dans toutes les autres couleurs, sans toujours pouvoir le repérer, et pouvant aller jusqu’à la disparition de couleurs classiques.


(c) Claire Pavia

Je remercie le Dr. Léo Buss de l'université de Yale, USA, professeur de biologie et éleveur de Bettas, et le Prof. Jaques Bovet de l'université de Neuchâtel, Suisse, biologiste et aquariophile, deux personnes qui ont toujours partagé leur connaissances sans compter.
publié dans : Les couleurs par Claire
Mardi 8 janvier 2008
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